Ce rapport dresse le constant d'échec d'un système qui, sur un volant potentiel de 6 millions de candidats identifiés par le rapport comme potentiellement intéressés (en réalité beaucoup plus de personnes, y compris qualifiées seraient probablement intéressées par un dispositif ouvert, flexible et efficient de VAE), seuls 26 000 ont obtenu un titre ou un diplôme complet en 2006. L'échec est d'autant plus cuisant que, au dire des concepteurs de la VAE à la française, il s'agissait de faire un système différent du système britannique des NVQs (National Vocational Qualifications) jugés "trop bureaucratiques." La même année (2006) au Royaume Uni ce sont près de 20 fois plus de personnes qui ont obtenu une reconnaissance de leurs compétences sur la base d'un dossier de VAE, un portfolio.
De plus, non seulement le système mis en place est maintenant reconnu comme inefficace et bureaucratique, mais il est de plus totalement anarchique, sans le moindre système d'assurance qualité dans le marais des 15 000 titres et des organismes certificateurs, un même dossier pouvant donner lieu à une VAE à Lille et à un échec à Marseille. Le refus de mettre en place le moindre système d'assurance qualité faisait partie des préceptes du "moins de bureaucratie" et est probablement un des principaux responsables de l'attrition entre les dossiers déposés et ceux acceptés : sur 75 000 dossiers déposés, 48 000 sont éventuellement présentés et 26 000 acceptés.
Le rapport contient de nombreuses propositions, notamment sur la mise en place d'un dispositif d'assurance qualité, la VAE collective, l'implication des partenaires sociaux.
Une surprise de taille : aucune mention de portfolio, ePortfolio ou même de portefeuille de compétences. La 5ième préconisation du rapport (il y en a 10) est peut-être une indication qu'il reste encore du chemin à parcourir : "Réduire la durée de préparation du dossier présenté au jury (livret 2)." Si l'idée de réduire le temps de préparation n'est pas mauvaise en soi, la question à se poser est quelle est la nature du dossier remis (et qui le juge -- nous laisserons cette question pour le moment) ?
- Est-ce un dossier qui prendra la poussière sur les étagères une fois la VAE acquise, ou bien un document vivant que la personne continuera d'entretenir tout au long de son parcours professionnel ?
- La VAE est-elle une étape terminale, ou le point de départ d'un nouveau développement professionnel (et personnel) au cours duquel le "dossier" continuera à évoluer ?
Pour sa part, EIfEL avait fait des propostions pour un portfolio régional au service du développement et de la valorisation des personnes, des organisations et des territoires. Beaucoup moins ambitieux que le rapport Besson, il contient néamoins des éléments qui seraient à prendre en compte pour la mise en œuvre de ses préconisations.
Le rapport Besson justifie amplement le besoin d'une discussion publique, et l'échange d'expériences proposés par EIfEL lors de RAC2009. Nous allons de ce pas inviter Eric Besson à y intervenir !VALORISER L’ACQUIS DE L’EXPÉRIENCE : Une évaluation du dispositif de VAE - Le rapport
Extrait:
"Les difficultés de la VAE résultent d’obstacles propres à la procédure mais aussi d’obstacles plus généraux qui en limitent le développement. Au titre de la première catégorie, la longueur excessive et la complexité de la procédure font qu’elle relève d’un parcours du combattant, d’autant plus inadéquat que les publics cibles sont peu diplômés. Cette situation produit des déperditions de candidats multiples tout au long du parcours. C’est pourquoi, le rapport formule plusieurs propositions pour raccourcir et simplifier la procédure, mais aussi pour accompagner davantage et plus tôt les candidats, notamment ceux appartenant aux cibles prioritaires.
"Au titre des obstacles généraux, on retrouve les dysfonctionnements du système de certification professionnelle, complexe et peu lisible pour les candidats à la certification. Cette situation est particulièrement défavorable aux candidats à la VAE qui, par définition, n’ont plus guère de contact en principe avec le système de formation. Handicap supplémentaire, la notoriété de la VAE est encore insuffisante chez les actifs les moins diplômés : une information mieux ciblée devrait être ent reprise, de sorte que le flux annuel de candidats s’accroisse nettement, voire puisse doubler."
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